Migrer à l’ère digitale : quand la survie dépend de la qualité de l’information

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Les personnes en migration vers l’Europe ont des besoins d’information très complexes sur leur parcours et leur destination. Prendre une décision sur la base d’une information partielle ou erronée peut avoir des conséquences dramatiques : ruine financière, perte de sa famille, mise en danger ou même mort. Dans ces circonstances, savoir où trouver les bonnes informations n’a plus rien d’anodin.

Le meilleur, le pire et le plus dur à trouver ?

Dans « The Best, the Worst, and the Hardest to Find: How People, Mobiles, and Social Media Connect Migrants In(to) Europe » (20 mars 2018), les chercheurs et chercheuses Maren Borkert (Allemagne), Karen E. Fisher (Etats-Unis) et Eiad Yafi (Malaisie) (1) apportent un éclairage sur la culture numérique et les stratégies mises en œuvre par des personnes migrantes arrivées du Moyen-Orient sur le sol européen, plus précisément à Berlin (Allemagne) en 2015. Les chercheurs se penchent notamment sur la manière dont les personnes migrantes identifient la désinformation, sur le rôle des tiers, et sur le soutien des technologies de l’information et de la communication (TIC) — dont les médias sociaux — pendant et après le voyage.

Qui sont les demandeurs d’asile de l’enquête ?

2015 : avec son célèbre « Nous y arriverons » (« Wir schaffen das »), la chancelière allemande Angela Merkel ordonne une politique d’asile temporaire à portes ouvertes. Les demandeurs d’asile qui arrivent à Berlin doivent s’inscrire auprès d’un centre d’accueil central, LAGeSo, vite saturé.

Accéder à Internet

« Les réfugiés qui ont fui vers l’Union européenne en 2015–2016, en particulier de Syrie et d’Irak, sont en grande partie bien éduqués et possèdent des compétences numériques », observent les auteurs de l’étude.

Trouver des données pratiques

Les besoins d’information les plus critiques déclarés par les personnes en migration sont « le bien-être de la famille dans le pays d’origine » (81%), « des nouvelles sur mon pays d’origine » (77%), l’apprentissage d’une nouvelle langue (71%) et l’apprentissage de la culture du pays de destination (61%). Apprendre à utiliser les technologies de la communication a également été jugé d’une importance capitale par 42 % des répondants. Les besoins considérés comme moindres sont « communiquer avec les passeurs pendant le voyage » et « identifier le pire pays européen ».

Déjouer la désinformation

« La désinformation est très répandue et il est difficile de savoir à quelles informations se fier », notent les chercheurs.

Se faire aider

Il était naturel de trouver dans les réponses ouvertes des participants de nombreuses références à des informations sur leurs déplacements : « Quelqu’un nous a montré le chemin du bureau des Nations unies pour l’aide aux réfugiés dans la capitale de la Hongrie », « Un chauffeur de taxi turc (…) nous a évité de devoir prendre nos empreintes digitales en Hongrie ». Comme les relations familiales sont fortes dans les sociétés du Moyen-Orient, l’aide inclue les membres de la famille : « Mon oncle m’a emmené de Munich à Berlin ».

Donner des nouvelles

Les personnes réfugiées sont à la fois consommatrices et productrices de contenus sur les médias sociaux. « Les médias sociaux permettent de rester en contact avec les familles et les amis, tout en créant et en maintenant des liens sociaux entre les personnes en déplacement et celles qui ont migré auparavant », remarquent les chercheurs.

Des personnes activement engagées dans leur démarche de migration

En conclusion, les chercheurs souhaitent dissiper une idée répandue que l’étude tend à démentir : non, les personnes qui cherchent refuge à nos frontières ne sont pas des victimes passives. « Cette fausse image des réfugiés en Allemagne doit disparaître », insistent-ils. « Les personnes migrantes arrivées en Allemagne ont fui en utilisant activement un large éventail de ressources et de compétences : TIC, liens familiaux, recherche créative de solutions, évaluation rationnelle de la qualité de l’information… ». Dans leurs circonstances, des capacités numériques élevées sont une condition sine qua non. Leurs chances de réussite, ou tout simplement de survie, en dépendent.

Un soutien émotionnel

Le papier des trois chercheurs fait aussi le point sur des travaux de recherche qui éclairent leur étude. Voici certaines de leurs conclusions, les références précises étant disponible dans l’article source.

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